Comprendre les reliefs
Un vallon, c’est la façon la plus souple de descendre dans la vallée. Il y a une intelligence du réseau routier ancien, avec des routes de bords de crêtes, des routes de pieds de versants… L’implantation humaine vient s’accrocher en tête de vallon, en pied de vallon. La crainte qu’on peut avoir, c’est de perdre ces implantations traditionnelles, anciennes à force de voir des lotissements venir grossir, et qu’on n’ait plus de lisibilité. Il y a un certain nombre de fronts d’urbanisation qui sont des clés de lecture donnant toute sa force au relief. Parce que ce ne sont pas les Alpes, c’est un relief relativement modeste, quand on voit qu’une éolienne peut dépasser derrière une crête. C’est fragile, ténu. Ces sont des moments de bascule, excessivement importants à conserver.
Alain FREYTET
Le département des Yvelines bénéficie d’un relief plus varié qu’ailleurs en Ile-de-France, avec une amplitude plus marquée. Et l’attractivité des paysages départementaux repose en grande part sur ce relief : les plateaux élevés de Rambouillet, du Hurepoix et d’un petit bout de Beauce, dominent cinq plaines intermédiaires façonnées par les affluents de la Seine et de l’Eure : celle de Houdan, d’Orgerus, de Neauphle, de Gally et d’Orgeval. Les rebords de ces plateaux ouvrent des vues dominantes et composent des sites d’autant plus pittoresques que les lisières forestières les soulignent : c’est vrai en particulier autour de Montfort-l’Amaury, de la vallée de l’Yvette et des affluents de l’Eure (Drouette et Vesgre). Quant aux plaines, elles sont agrémentées de buttes-témoins isolées formant des collines qui enrichissent les paysages et les situations. En aval, le grand couloir de la Seine vient longer les reliefs amples du Vexin. Cette rencontre dégage de puissants coteaux, offrant des vues généreuses sur la vallée. Des sites remarquables s’y cristallisent, comme la terrasse du château royal de Saint-Germain-en-Laye dessinée par Le Nôtre, et de nombreux autres châteaux et parcs.
A des échelles plus modestes, les principaux affluents de la Seine que sont la Mauldre et la Vaucouleurs composent des creusets de diversité paysagère.
Enfin au nord-ouest, les plateaux successifs du Mantois annoncent la Haute-Normandie.
La carte le montre mieux que l’expérience sensible du terrain : partout sur le département, les reliefs portent la trace géologique très ancienne de la « direction armoricaine » nord-ouest sud-est. Elle a été magnifiée par la création de Versailles, dont la perspective du canal s’ouvre sur la plaine du ru de Gally, l’ensemble suivant fidèlement cette direction.
Globalement, tous ces reliefs composent les horizons boisés remarquablement étendus et continus qui signent une part de l’identité paysagère yvelinoise. Ils bornent les étendues des plaines, des plateaux et des vallées du département ; mais inversement la forte présence des arbres qui les coiffent, alliée à celle de l’urbanisation, a rendu les vues dominantes plutôt rares depuis l’espace public.
Un relief varié qui fait une part de la richesse paysagère du département
Paris est à la fois proche et lointain avec Le Nôtre. Ce serait intéressant de faire un inventaire des lieux de rapport au lointain et à cette grande échelle. Je pense au pavillon de la Du Barry à Louveciennes. Je pense à la villa Poiret à Mézy-sur-Seine, qui là aussi est dans l’axe et qui serait paraît-il sur l’axe majeur des Tuileries, etc.
Paul TROUILLOUD, Chef du Service Territorial de l’Architecture et du Patrimoine des Yvelines (STAP 78)
Bien que le département des Yvelines soit pris dans les immenses étendues aplanies des grandes cultures du cœur du Bassin parisien (le Vexin, la plaine de France, le Valois, la Brie, la Beauce, les plateaux de l’Eure…), la variété nuancée de ses reliefs s’impose et fait une part de sa valeur paysagère. Les grands plateaux agricoles ne pénètrent qu’aux marges : la Beauce au sud (plateau d’Ablis), les plateaux de l’Eure à l’ouest (plateaux du Mantois), le Vexin au nord de la Seine. On trouve bien tous les types de reliefs de l’Ile-de-France dans le département, mais à des échelles plus serrées et dans des enchaînements plus rapides, qui font une part du caractère pittoresque et attractif des Yvelines.
La direction armoricaine, imprimée dans les paysages
Versailles est un des rares cas où on a une installation d’une ville, d’un jardin, d’un parc liée à un homme qui dit "tout ce paysage, c’est moi". Et il projette son corps sur l’ensemble de la plaine. Et il le projette grâce notamment à l’évidence incroyable de ce grand canal qui reprend cette grande direction géologique, qui du coup fait participer les deux versants, les Alluets d’un côté, les plateaux de l’autre.
Alain FREYTET, paysagiste, enseignant à l’ENSP-Versailles, co-auteur de l’Atlas des paysages des Yvelines de 1992
C’est dans les Yvelines que la direction armoricaine des reliefs nord-ouest/sud-est, qui affecte tout l’ouest de la France de façon plus ou moins discrète, apparaît la plus flagrante. La carte des paysages et des reliefs la révèle particulièrement bien. Cet héritage très ancien des plissements hercyniens du Carbonifère et du Permien (soit 350-280 millions d’années) s’impose en surface malgré les 3 000 mètres d’empilement sédimentaire qui les recouvrent.
Posté sur la longue butte de Thoiry étirée dans la direction armoricaine, le château de Thoiry ouvre sa perspective sur les confins des plateaux du Mantois, vers Andelu. A l’horizon se lit le long ruban boisé formé par le plateau des Alluets-Marly, une entité morphologique allongée elle aussi dans la même direction armoricaine.
On lit cette direction partout dans le département, sur les reliefs saillants (anticlinaux) comme sur ceux en creux (synclinaux) : l’axe général de la vallée de la Seine, les buttes du Vexin, le plateau des Alluets, la longue ride de Thoiry, la plaine de Gally, les rebords du plateau d’Yveline (aussi bien au nord qu’à l’ouest et à l’est), la Bièvre, les affluents de la rive gauche de l’Yvette, le pli des étangs de Hollande, les micro-affluents des rivières alimentant l’Eure, etc.
Comme en écho à cette architecture naturelle monumentale, la composition paysagère du domaine de Versailles reprend précisément cette direction armoricaine pour ouvrir le château, le Grand Canal et les jardins vers l’infini que symbolisent l’ouest et la mer, au-delà même de la majestueuse plaine de Gally.
Le plateau de l’Yveline/Hurepoix et ses marges découpées
Notamment quand on l’aborde de l’autre côté, quand on bascule sur le Hurepoix, où on a cette succession de plateaux et de vallées très encaissées : c’est comme si le plateau de Beauce avait été griffé par un animal. C’est des griffes parallèles. C’est une lacération incroyable. Et c’est une lacération qui donne un sens, en termes de direction, c’est la direction qu’on retrouve partout, c’est la direction du Grand Canal. Je trouve ça génial.
Alain FREYTET, paysagiste, enseignant à l’ENSP-Versailles, co-auteur de l’Atlas des paysages des Yvelines de 1992
Des raisons naturelles font que le plateau de l’Yveline et du Hurepoix, étendu entre l’Eure à l’ouest et l’Orge à l’est, à cheval sur les Yvelines et l’Essonne, n’offre pas les grandes étendues agro-industrielles uniformes vues ailleurs dans la région : il est nappé d’argile à meulière dite de Montmorency, dont la nature imperméable a rendu les sols pauvres, défavorables aux cultures et favorables à l’inverse à la forêt. C’est pourquoi la forêt de Rambouillet (prolongée par le massif de Saint-Léger-en-Yvelines, des Quatre-Piliers et de Saint-Arnoult-en-Yvelines) compose l’Yveline, étymologiquement le pays des forêts riches en eau, qui domine le territoire départemental à 160-180m d’altitude. L’histoire s’est chargée de pérenniser cette caractéristique forte du département, en faisant du massif de Rambouillet un domaine de chasses royales avant de devenir en bonne partie domanial.
Cette eau qui ne s’infiltre pas a creusé le plateau sur ses marges, qui se voient ainsi remarquablement découpées par les rivières :
- A l’est par la Remarde, l’Yvette et la Bièvre
- A l’ouest par la Drouette et la Vesgre
- Au nord par la Mauldre et ses affluents.
Les formations sableuses s’érodent en pentes souples et élégantes. Par endroits, le chapeautage des meulières compose des corniches pittoresques, notamment sur les bords de la vallée de la Bièvre, de la vallée de Chevreuse, du versant au nord de la dépression de Versailles. Ce sont ces marges et ces découpes complexes qui cristallisent les sites parmi les plus appréciés du département : par exemple au nord le secteur de Montfort-l’Amaury, à l’ouest les franges complexes des affluents de l’Eure étendues de Houdan à Epernon (Eure-et-Loir), à l’est la vallée de l’Yvette devenue Parc naturel régional. Ce sont aussi ces rebords qui font les horizons boisés des paysages de plaines et plateaux situés en contrebas. Mais, au cours des dernières décennies, beaucoup d’ouvertures ont disparu avec l’urbanisation et la végétation arborée qui accompagne les jardins, en particulier depuis le rebord nord du plateau de Rambouillet (Saint-Rémy-l’Honoré-les Mesnuls-Montfort-l’Amaury) et tout autour du chevelu hydrographique de la vallée de l’Yvette et de ses affluents.
Au sud, le plateau découpé de l’Yveline se raccorde et s’ouvre aux vastes étendues cultivées du plateau Beauceron, étirées à 150-160m d’altitude, la transition s’effectue sans rupture de relief, le limon sableux humide s’effacent au profit des limons sur argile puis des limons épais de Beauce (plateau d’Ablis).
Le Vexin et ses vallonnements secrets
Vu de loin, et notamment du Mantois, le Vexin présente des horizons tabulaires et boisés, vestiges ultimes du plateau de Beauce. Les sols sableux, marneux ou argileux (avec encore de l’argile à meulière par endroits), non recouverts de limons, sont pauvres et expliquent le maintien de la forêt. Mais lorsqu’on y pénètre, on découvre de surprenants vallonnements secrets, cadrés par ces hauteurs boisées. Ils sont formés par les affluents de la Seine : vallées de la Montcient, de Bernon, vallée aux Cailloux, vallée des Aubettes. L’ensemble compose des reliefs mouvementés, plus vifs et plus variés que partout ailleurs dans le département. Cette originalité, également perceptible à l’échelle régionale, explique l’attractivité des paysages du Parc naturel régional du Vexin Français.
La vallée de la Seine : boucles, coteaux et géo-graphie
Quand on bascule brusquement sur le Val de Seine, c’est totalement autre chose. C’est la grande dame qui traverse les Yvelines en travers. C’est un endroit qui est très puissant aussi, puisque c’est l’endroit où la Seine fait ses plus beaux méandres. Et des méandres qui sont les uns très construits, très travaillés, et d’autres, comme sur Moissons, qui sont complètement sauvages surtout depuis que le pont a été détruit par les Allemands. Il y a une grande variété, c’est là que les contrastes se jouent.
Alain FREYTET, paysagiste, enseignant à l’ENSP-Versailles, co-auteur de l’Atlas des paysages des Yvelines de 1992
Aux franges nord du département, la Seine paresseuse poursuit son parcours en boucles lascives amorcées à l’aval de Paris à travers les Hauts-de-Seine : boucle de Croissy-sur-Seine, boucle de Saint-Germain-en-Laye, boucle de Poissy, boucle de Guernes, boucle de Moisson. S’y ajoutent les courbes moins nerveuses de Verneuil/Les Mureaux, de Porcheville, de Mantes-la-Jolie, de Bennecourt. Chacune des boucles et des courbes offre une morphologie similaire : un intérieur de lobe étendu en pente douce jusqu’à la rive convexe et, sur la rive extérieure concave opposée : un coteau élevé et abrupt, raboté par le fleuve.
Ces coteaux dessinent des accents successifs d’autant plus élevés que la Seine frotte les hauteurs du Vexin, qui atteignent 201m d’altitude en limite nord du département (bois des Galluis, commune de Lainville-en-Vexin), alors que le fleuve serpente à 15-20m d’altitude seulement.
En contrepoint à ce parcours souple du fleuve en plan, de longs et curieux horizons tabulaires, tirés en horizontales rectilignes, bornent les horizons de la vallée de la Seine, notamment à la faveur des buttes-témoins de l’Hautil en rive droite et du plateau des Alluets en rive gauche. Ce sont les ultimes héritages septentrionaux du plateau d’Yveline/Beauce, isolés par l’érosion, et souvent boisés sur leurs sommets ou sur leurs pentes hautes du fait de la relative pauvreté des sols.
Les immenses courbes, perceptibles depuis les flancs de ces coteaux, dessinent des paysages véritablement "géographiques", assez originaux à l’échelle nationale en par la perception qu’ils offrent de très grands paysages à la fois puissants et calmes.
Pourtant, les lieux de mise en scène de cette géographie de l’eau restent relativement rares. La terrasse du château royal de Saint-Germain-en Laye, créée par Le Nôtre en 1676, en est le fleuron : étirée sur 2 400m entre le pavillon Henri IV et la forêt, elle occupe le haut du coteau de la Seine et s’ouvre généreusement dans l’axe de la vallée, mettant en scène Paris à l’horizon. Elle est le reste d’une composition plus ancienne de jardins disparus, déroulés du haut en bas du coteau, jusqu’à la Seine, commandés par le Château Neuf (ce dernier également disparu). Dans des dispositions moins exceptionnelles, on peut citer le parc de Marly, dans un vallon dominant la Seine ; le parc du château d’Issou, en éperon dans le coteau de la Seine ; le parc du château des Célestins, en rebord de coteau au-dessus de Limay, ouvrant ses terrasses sur Mantes et la vallée, le parc de Vaux-sur-Seine.
Hormis ces quelques parcs et jardins, la rareté des grands points de vue majeurs est liée à la fermeture des paysages des coteaux par l’abandon de cultures (vigne) ou de pâtures à moutons, qui ont laissé place aux friches et aux bois sans ouvertures visuelles. Elle est aussi liée à l’urbanisation, qui a privatisé l’espace derrière les constructions, les murs, les haies et les arbres des jardins privés, confisquant les vues depuis l’espace public. Cette « disparition » du grand paysage est ainsi flagrante dans les séquences les plus urbaines de la vallée de la Seine : celle des longs coteaux urbanisés et arborés qui dominent la boucle de Croissy-sur-Seine (de Bougival au Mesnil-le-Roi), et celles de la boucle de Poissy (de Poissy à Verneuil-sur-Seine et de Triel-sur-Seine à Meulan).
Les plaines et plateaux intermédiaires : buttes-témoins et vallées affluentes
Entre les hauteurs des plateaux de l’Yveline et du Hurepoix et la vallée Seine, s’étendent les plaines et plateaux intermédiaires, inclinés en pentes douces et drainés ou coupés par les vallées affluentes.
Les plaines
Trois plaines s’étendent en contrebas des hauteurs du plateau d’Yveline :
- la plaine de Houdan, drainée par la Vesgre (UP n° 8),
- la plaine de Neauphle drainée par la Mauldre (UP n° 9),
- la plaine de Versailles, drainée par le ru de Gally (UP n° 11).
Il faut y ajouter la petite plaine du val d’Orgeval, en contrebas au nord du plateau des Alluets, drainée par les rus de Buzot et d’Orgeval (UP n° 0).
Les plaines intermédiaires et leurs buttes témoins
L’horizon remarquable de la plaine de Versailles, offert par les pentes boisées et agricoles du plateau des Alluets. Vue depuis les environs de Davron.
La butte du Tremblay-sur-Mauldre, animant les horizons de la plaine de Neauphle. Vue depuis les environs de Montfort-l’Amaury/Les Mesnuls.
Toutes ces plaines présentent des reliefs doucement vallonnés et bénéficient des horizons de coteaux et lisières qui les appuient en contrebas des plateaux, où se cristallisent les sites les plus pittoresques. Elles tirent parti également de buttes-témoins, collines isolées qui diversifient l’occupation des sols, complexifient les horizons, et enrichissent précieusement les paysages :
- les buttes de Bazoches-sur-Guyonne/le Tremblay-sur-Mauldre/Saint-Rémy-l’Honoré dans la plaine de Neauphle
- la ride de Thoiry, longuement allongée au nord de la plaine de Neauphle et d’Orgerus
- les buttes du bois de la Ferrière et de Beauterne dans la plaine de Houdan
- la butte de Marsinval (Bois des Bruyères, Marsinval), entre la Seine et le val d’Orgeval
- la butte du château de Versailles dans la plaine de Versailles, séparant le bassin versant du ru de Gally de celui du ruisseau de Sèvres
- et le plateau des Alluets qui constitue le « témoin » le plus vaste, isolé du plateau d’Yvelines-Hurepoix par l’érosion de la plaine de Versailles.
Vue du château de Versailles par Pierre Patel, 1668. La perspective de Versailles inscrite dans le grand paysage de la plaine cadrée par ses reliefs.
La plus remarquable de ces plaines est celle de Versailles, qui dessine un couloir d’une vingtaine de kilomètres de long pour 5 à 8 km de large, enchâssée entre le nord du plateau d’Yveline (plateau de Trappes) et le plateau des Alluets. En aménageant le château de Versailles posé sur une hauteur au milieu de la plaine, Louis XIV et ses architectes et paysagistes ont mis en scène de façon extraordinaire le grand paysage, cadré par ses deux longs coteaux :
- côté ouest en y allongeant la perspective du château que mettent en scène les jardins et que prolongeait l’allée royale de Villepreux (la peinture de Pierre Patel « Vue du château de Versailles en 1668 », révèle parfaitement cette adéquation de l’architecture au paysage)
- côté est en y organisant le plan régulier de la ville de Versailles autour des trois avenues rayonnantes, par un réseau de rues dont les perspectives s’achèvent sur les coteaux boisés qui cadrent le site de la ville et magnifient le contraste de la pierre et de l’arbre.
Le plateau du Mantois
Outre les plaines, le plateau du Mantois dessine un paysage ouvert agricole et ondulé proche. Il est drainé par la Vaucouleurs, qui compose une unité de paysage en soi, et qui sépare le plateau en plusieurs parties :
- le plateau de Boinville-en-Mantois
- le plateau de Longnes
- le plateau de Chevrie
- le plateau d’Orgerus.
Situé en enfilade aux confins nord-ouest du département, l’ensemble annonce déjà les grandes étendues cultivées qui s’étendent en Haute-Normandie sur le plateau de Madrie, étiré entre Seine et Eure. Comme les plaines intermédiaires, ces plateaux du Mantois bénéficient également d’événements topographiques modestes mais essentiels pour animer le paysage : reliefs en bosses (la ride de Thoiry qui traverse tout le plateau, la butte du bois de Prunay sur le plateau d’Orgerus) ; reliefs en creux, avec la naissance de courts affluents de la Seine plissant la topographie et composant des petites unités de paysages locales, dans des échelles intimes précieuses, en contraste radical avec celles des plateaux, mais aussi de la vallée de la Seine toute proche :
- le ru de Senneville dans le plateau de Boinville-en-Mantois,
- le ru de Bléry dans le plateau de Longnes,
- le val Guyon et la vallée des Prés dans le plateau de Chevrie, ainsi que le Grand Val d’Aconville aux limites départementales avec l’Eure,
- le ru de la Flexanville et ses petits affluents autour d’Orgerus, à l’amont de la Vaucouleurs.
Les deux vallées de la Mauldre et de la Vaucouleurs
Deux vallées affluentes de la Seine dessinent des paysages en creux, incisés dans les plaines et plateaux intermédiaires : la vallée de la Vaucouleurs et la vallée de la Mauldre. Elles composent des paysages en soi, distincts de ceux des étendues ouvertes adjacentes, grâce à la vivacité de la topographie, au parcellaire plus fin, aux variations de sols et d’expositions, qui ont donné lieu à des formes des mises en valeur spécifiques : coteaux ou crêtes boisés, fonds de vallée humides en prairies, sites bâtis particuliers comme Montchauvet dominant la Vaucouleurs… et pression de l’urbanisation « remontant » de la vallée de la Seine.
Horizons boisés et vues sur le grand paysage
Dans les Yvelines les reliefs saillants apparaissent presque partout boisés, notamment sur les rebords : rebords des plateaux, rebords des vallées, rebords des buttes-témoins portent des forêts et des bois, pour des raisons géologiques et pédologiques, mais aussi urbaines et historiques. L’ensemble compose ainsi des horizons arborés, remarquables par leur étendue et leur continuité. On les perçoit aisément depuis les plaines et les vallées, clairement délimitées et cadrées. Ils garantissent ainsi une lisibilité aux paysages Yvelinois, comme des titres soulignés dans une page d’écriture. Ils contribuent à dessiner des transitions paysagères fortes, qui améliorent le repérage dans le grand territoire. A des échelles plus fines, ils composent aussi les horizons de villes comme Versailles, et contribuent de façon majeure à leur personnalité paysagère.
Par endroits, ces reliefs de coteaux composent d’étonnante trompe-l’œil : ainsi le coteau boisé de Bougival, Louveciennes et Marly donne l’illusion d’un écrin forestier à la vallée de la Seine (boucle de Croissy), alors qu’il est en réalité réduit à une très faible épaisseur. De même, le coteau préservé et quasi rural de Maurepas, ouvert sur la plaine de Neauphle, ne laisse rien deviner de l’immense étendue urbaine de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines située à l’arrière sur le plateau.
Revers de la médaille : sur ces mêmes coteaux, la présence grandissante du bâti et des arbres qui l’accompagne a conduit à la disparition des grands paysages perceptibles depuis l’espace public, par la fermeture des ouvertures visuelles dominantes. Celles-ci, offertes par l’élevage, l’arboriculture, la viticulture, les jardins maraîchers qui occupaient les pentes, n’ont pas résisté au processus d’urbanisation, qui s’est accompagné d’un fort développement arboré. Les vues amples et généreuses qu’offrent les reliefs yvelinois se sont souvent effacées derrière les clôtures et les frondaisons privées.